| "Réussis ta vie " |
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| Écrit par Extraits du livre "Réussis ta vie !" du Père Guy Gilbert | |
Réussis ta vie…La vie est une prodigieuse aventure. Six milliards d'humains tentent de la réussir. Toi et moi, donc. Quels sont les axes qui permettent de réussir sa vie, d'adolescent, d'adulte, et de vieillard ? J'ai tenté de répondre courtement dans ce petit livre, Réussis ta vie!, à la question qui m'est posée. Même si la réponse de l'adolescent interrogé sur son futur est majoritairement celle-ci : "Faire l'école de commerce", je lui décoche toujours : "Quel est ton rêve ?" Presque toujours il balaie l'école de commerce pour dévoiler au plus profond de lui-même son rêve secret qui au fond n'est pas l'appât du gain. Mais pris dans la gangue de la réussite commerciale et matérielle qui l'enserre il me dit vouloir faire ce qu'une société environnante lui dicte malgré lui. Puissent les quelques réponses que j'ose donner à la question "Réussis ta vie" t'apporter la joie de partager avec moi une dynamique morale et spirituelle qui m'a donné dene pas survivre mais de vivre à fond la caisse la vie qui m'a été offerte. N'aie pas peur évidemment de m'écrire tes réflexions après la lecture de ce livre. Elles m'enrichiront. "L'autre a toujours une part de vérité qui me manque." C'est ce qui a fait jusqu'à ce jour ma richesse et ma force.
Aiguisez vos sens !Au début de l'aventure de votre vie, vous êtes un peu comme ces personnages de romans pour la jeunesse, "Un livre dont vous êtes le héros". Vous disposez pour réussir votre quête de tout l'équipement nécessaire. Dans votre sac il y a cinq sens que vous devrez préserver, plus les dons nécessaires que vous devrez magnifier. Aimer votre corps au cours de cette magnifique aventure, respectez-le. Soyez-en le maître. Chaque partie de vous-même est une merveille. Jouissez de vos sens, sans exacerber le plaisir que vous en tirez. Que vos cinq sens soient un hymne de louange à la Création !
Les recettes de la joie
Paul Claudel ne disait-il pas que nous n'avons d'autre devoir que la joie ? La joie dont parle Jésus est celle que l'on éprouve au milieu des insultes, des calomnies et des persécutions. Comment pouvons-nous comprendre cela ? Comment, dans les souffrances et les deuils, pouvons-nous garder la joie ? Sans doute parce que la faim de bonheur est inscrite dans nos gènes, parce que notre soif d'amour est inextinguible. La joie apparaît d'abord sous forme de plaisirs immédiats : quelques jours de ski de fond… au printemps voir les fleurs s'épanouir sur le bord des routes… le chant des oiseaux dans les arbres, sur le toit… respirer une rose délicatement odorante ou contempler un paysage… Tiens ! il y a une carte postale dans ma boîte…Ces moments, nous en éprouvons une multitude dans nos journées…ils ne dépendent que de notre regard.
Vivre dans le présentJe vois souvent des personnes d'une tristesse incroyable, et je me demande comment elles ont pu perdre toute joie. Alors que d'autres ont des moments joyeux toute la journée, quoiqu'il arrive. Si vous vivez une telle mésaventure, dites-vous que la première recette est de puiser dans les choses simples et naturelles de l'existence. Et puis de mitonner à feu doux… Vivre dans le présent, d'abord. Vous êtes souvent engloutis, perdus dans votre passé ou projetés dans l'avenir. Alors vous n'éprouvez que remords ou craintes, et vous manquez les joies de l'instant présent. Vous ne voyez pas le temps qui passe. Aimez à tout casser pendant vingt-quatre heures, vivez pleinement ces heures, investissez-vous. Hier n'est pas meilleur, demain on ne sait pas. Dieu vous a bâtis pour une journée. Pour avoir une confiance absolue en ce qui vient, il faut vivre pleinement le moment présent. Le pire, c'est de vivre hier ou demain. J'appelle ça la "théologie des vingt-quatre heures" : vingt-quatre heures pour les autres et pour Dieu. La grâce de Dieu passe uniquement par le temps présent. Si vous acceptez tout avec amour, ce sera un chemin formidable et privilégié de sainteté. Tout faire par amour. J'aime l'enseignement de Saint François de Sales qui donne au moment présent une puissance extraordinaire : "Pensons seulement à bien faire aujourd'hui, et quand le jour de demain sera arrivé il s'appellera aujourd'hui, et lors nous y penserons."
Luttez contre la désespérance
Tout cela est vrai, et pire encore. Ces gens qui ont tout, et qui flambent leur argent à deux pas de ceux qui n'ont rien, vous révoltent et souvent vous démobilisent. Alors, plus que jamais, ne faites pas le jeu de ces fossoyeurs. Mettez-vous en marche et soyez les guerriers de l'Amour. Que vos armes soient le respect de tout être. Ecoutez le monde avec votre cœur. Regardez-le avec les yeux de l'espérance. Et partagez. Partagez sans retour. Soyez solidaires. La solidarité, c'est porter l'autre jusqu'au bout : une personne, un groupe humain, une nation. C'est toujours un combat. […] L'homme solidaire se doit de rester fidèle à son engagement. Dites-vous qu'une vraie solidarité pour une cause embrasse toutes les autres. Mille solidarités éphémères ne vaudront jamais une seule où la fidélité dans le combat s'affirme et ne se dilue pas. A vivre pleinement, et sans modération, la solidarité !
Les tourtereaux et la familleRéussir sa vie commence et s'arrête à l'amour, se confond avec lui. Il peut passer par exemple par la réussite de son couple, puisque réussir sa vie se compte par l'amour que l'on donne et que l'on reçoit. Je ne connais rien de plus envoûtant que ce mot. Mais il englobe tant de choses ! Il est ce qui fascine le bébé dès qu'il sort du ventre de sa mère, il habite le dernier regard du vieillard qui s'éteint. L'amour humain est ce qui nous fait vivre. Il nous hante. Il nous fait renverser les montagnes et franchir les abîmes. Mais tout amour est fragile, parfois brutal, butant contre de nombreux obstacles. Il est un combat sans cesse renouvelé. Une vie où une personne met tout sur le même plan (ses qualités, ses défauts, son oseille, sa baraque, ses champs, ses vaches et ses cochons) est une vie faite de moments durs, parfois terribles. Seul l'amour permet un bon discernement. Je me souviendrai toujours de Michael me disant, tandis que je le mariais : "Tu te rends compte, Guy, je vais être avec cette gonzesse pendant quarante ans !" C'est un sacré pari, évidemment. Dire qu' "aimer et être aimé, c'est souffrir" est un lieu commun, et les couples qui ont réussi à tenir sont vraiment lumière aujourd'hui. Jeunes on s'engouffre dans l'amour bille en tête, avec la richesse suprême de l'enfance, croyant qu'il est acquis, irréversible. Pauvres de nous ! On ne sait pas encore qu'aucun être ne peut tout donner, tout recevoir, dans une complémentarité paradisiaque et indestructible. L'adulte, lui, le sait pour l'avoir expérimenté. Les meurtrissures l'ont rendu vigilant. Il panse ses blessures (pas toujours) et, parfois, jure de ne plus jamais se faire prendre dans ses filets. Mais il reste à l'affût de la quête prudente et insatiable du bonheur d'aimer et d'être aimé…Et (enfin !) il y retombe !
Indispensable ?
J'ai constaté souvent que ma capacité de travail était accrue après les heures de silence que je m'impose, parfois au point de reporter des tas de rendez-vous quand je sens que je travaille dans le vide et que l'écoute m'est par trop pénible. La fuite, dans ces cas-là, est la seule réplique face à l'ennemi qui sommeille en moi et qui me dit : "Tu es indispensable. Sans toi, comment ces jeunes s'en sortiraient-ils ?" Si la prière et le silence sont les atouts maîtres du chrétien qui veut avancer dans la mission qui lui est confiée, l'autre atout majeur dans une tâche comme la mienne est l'équipe. On n'a pas assez d'une vie pour partager ses responsabilités. On n'aura jamais assez de réserve d'humilité pour refuser de croire que seul on peut tout. À chacun sa capacité d'être ou de faire. À chacun aussi de croire, parce qu'il le vérifie, qu'il est un maillon essentiel dans un combat apostolique…mais jamais irremplaçable. Votre force morale, vous la puiserez dans le silence et la prière. Votre force de travail, vous la puiserez infiniment plus dans le silence et la prière que dans les épinards, le ginseng, les yaourts ou je ne sais quelle supervitamine. La prière et le silence seront votre "super" quotidien. Le silence dégage les huiles essentielles de votre vie. La prière donne la force de les vivre.
Ai-je réussi ma vie ?Ai-je réussi ma vie ? Jusqu'au dernier instant, tout peut vaciller. C'est au moment où j'avalerai mon bulletin de naissance que les autres pourront répondre à la question. Pas moi. La réussite d'une vie tient à la convergence de sa foi et de ses actes. Le destin d'une personne, c'est la rencontre d'une personnalité et d'un événement. L'événement arrive, on le prend ou on ne le prend pas, parfois on réussit, parfois on se plante. Mais si on met sa prière en actes, alors on réussit. "Si tu as l'amour humain et si tu sais que cet amour vient de Dieu, tu es invincible", disait Jean Paul II. Tu es totalement libre de gérer ta vie, mais cette liberté est conditionnée par l'amour de Dieu. Si tu es en éveil, dans un climat de prière, si tu prends l'événement en fonction de l'Evangile, le Seigneur t'inspirera. C'est un truc extraordinaire, l'Evangile, c'est une grâce formidable. L'Evangile est une parole qui provoque, qui s'exprime en toi sans même que tu le saches, et qui te met sur la route. Sa lecture anticipe le cours des choses. Je dis toujours que la Providence "me devance d'un quart d'heure". C'est ainsi que les événements fondateurs de ma vie sont arrivés, comme la fabuleuse histoire - je l'ai maintes fois racontée- du jeune qui me dit, il y a trente-huit ans : "Guy, on en a marre de ce putain de béton, cherche-nous une ruine loin de Paris." J'ai entendu ça, je l'ai bien gardé, et je lui ai répondu : "Ta putain de ruine, on va la chercher." On en a visité cent… Jusqu'au jour où on prend en stop un vagabond. Mon Dieu, qu'il puait ! Épouvantable. À la fin du voyage, descendant pour reprendre la route, il me tend une carte toute fripée représentant une rose et me dit : " Vous trouverez la ruine que vous cherchez." C'était l'ange du Seigneur, j'en suis certain. Trente ans après, je me souviens encore de ses yeux, couleur myosotis.
Réussir sa vie, c'est rebondir sans cesse. Malheureusement, beaucoup de gens s'enterrent dans l'échec. Et Dieu sait si, avec des jeunes extrêmement difficiles, je vis dans l'échec. La réussite du Christ a été de passer par là. Humainement, ce que je vis est souvent insupportable, mais je sais que le Christ, pour arriver à la Résurrection, est passé par la Croix, c'était le chemin obligatoire. Alors je supporte mon quotidien, je le porte et je l'offre à celui qui est l'Amour. Ai-je réussi mon cœur ? Mon célibat, imposé par l'Eglise, m'a obligé à composer avec mon affectivité. Et ça, ce n'est pas évident. Réussir sa vie, normalement, c'est réussir avec un(e) autre, dans une relation privilégiée. N'ayant personne en particulier, j'ai travaillé sans cesse à ce que mon cœur batte au sein de l'Eglise, au service de tout le monde, je me suis entouré de beaucoup d'amis qui m'ont permis de sublimer. Et c'est finalement devenu un enchantement. Le célibat est aussi une très belle histoire d'amour.
Réussir son corps ? Je me suis mesuré avec mon corps dès l'âge de treize ans, lorsque, "bouboule", je m'obligeais à courir trois mille mètres tous les jours pour maigrir. Je continue à l'écouter, pas démesurément mais suffisamment pour sentir mes muscles. Ils aiment jouer comme à vingt ans, ils ont toujours le même appétit… Manque de pot, ils s'usent et demandent à ma tête de compense. Ai-je réussi en amitié ? J'ai toujours pensé que ce sentiment était plus fort que l'amour, et je l'ai fidèlement cultivé, surtout avec les êtres abîmés. Je suis l'éducateur, puis le père, le frère et enfin l'ami. Mais "prêtre des loubards"… non ! "Prêtre de l'universel" me va mieux car mon sacerdoce compte plus que tout et pour tous.
Pour réussir dans la vie, c'est simple, il suffit d'avoir un axe. Le mien, c'est le sacerdoce incarné dans les êtres dont personne ne veut. Les jeunes marginaux ont fait de moi ce que je suis. La joie de ma vie a été de me lover dans leur violence, dans leurs deux cents mots de vocabulaire, dans leur grossièreté même. Ils ont "réussi ma vie". Et l'Eglise a réussi ma vie en me faisant confiance, en me portant dans les dons que j'avais. Un jour, un prêtre a dit à l'une de mes adjointes : "Guy Gilbert a onze dons !" étonné, je me suis précipité pour les connaître…il venait de mourir ! L'amour que j'ai reçu, je n'ai cessé de le rendre aux autres, du loubard au prince. Huit Jours avant de célébrer l'union de deux altesses royales, en 2003 – cathédrale Sainte-Gudule… 20 000 roses… 1 500 nobles ou magnats du pétrole… 10 millions de téléspectateurs …-, j'avais marié un couple de loubards devant cinq personnes. Et puis j'ai foncé chez les moines, deux heures après mon retour à Paris, afin que toutes ces dorures ne déteignent pas sur ce que je suis : soixante kilos à poil, ça pisse pas loin. Les événements de ma vie, je les prends, mais je reste fidèle à ma ligne. Les princes de ma vie sont les malchanceux de la vie, ceux que je fréquente en prison : assassins, violeurs, déshérités de tout poil. Combien de personnes ai-je converties ? Bien peu, sans doute. Je n'ai pas une sainte calculette qui me dit : " Ça y est, Guy, t'en a accroché un pour l'Eglise catholique romaine !" En revanche, je reçois beaucoup de lettres de femmes et d'hommes me disant qu'ils ont retrouvé le chemin de l'église grâce à mon témoignage et celui de mon équipe.
Réussi, mon vœu de pauvreté ? Là, j'ai réussi magnifiquement. On m'a cambriolé vingt-neuf fois ! Evidemment, c'est grâce aux autres, encore une fois… Mon but, finalement, a toujours été de réussir la vie des autres. Je perds, je gagne. Un jour, un mec m'a dit qu'il n'attaquait plus les vieilles qui sortaient de la banque, mais qu'il faisait la banque elle-même, et avec un pistolet d'alarme parce qu'il n'acceptait plus de mettre une goutte de sang sur un billet. C'est l'une de mes plus belles victoires. Ta réussite peut prendre mille formes, mais si tu vas jusqu'au bout de ton combat, tu adhéreras à tous les autres. Mystiquement, tu en seras imprégné.
La réussite d'une vie passe aussi par le regard que l'on porte sur l'autre. On réussit l'autre en cherchant sa part de cristal. Ce regard est invincible. La réussite d'une vie, c'est de s'émerveiller jusqu'à ce que ses yeux se ferment. C'est voir des vivants autour de soi, et non des dossiers, des chiffres, des images. La réussite d'une vie, c'est ne pas voir dans l'autre un étranger, mais plutôt deviner en lui la vérité qui te manque. "Ce n'est que pour ton amour, et pour ton amour seul, que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes", disait saint Vincent de Paul. Lorsque tu sais ça, l'autre ne peut plus jamais être un étranger sur cette terre. Et toi non plus tu n'auras pas vécu en étranger. Aider les plus faibles, les porter, les secourir : voilà le sens que j'ai donné à ma vie ? Mais l'amitié qui me lie à eux est au-delà du pain partagé, du logement trouvé ou du mandat au prisonnier. Seul Dieu jusqu'à ce jour m'a donné la force de croire que la réussite d'une vie, c'est l'autre qui la construit. Et dans mon cas, ce sont ceux et celles qui sont les plus démunis de notre société. Extraits du livre "Réussis ta vie !" du Père Guy Gilbert
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Pour réussir l'aventure de votre vie, il vous faut garder la joie. Il est si beau d'entendre Jésus nous dire : "Soyez dans la joie et l'allégresse car votre récompense est grande dans les cieux."
Il est vrai que les forces de l'argent, le pouvoir pour le pouvoir et le culte de l'apparence bousillent nos sociétés. Il est vrai que certains politiques s'en mettent plein les poches et profitent du pouvoir qu'on leur a confié pour s'enrichir. Le luxe de leur limousine et de leur jet privé vous écœure. Vous voyez s'étaler des fortunes extraordinaires, des trusts industriels démesurés partout à travers le monde… Et vous croyez traverser une époque pourrie.
Le silence a le don à la fois de relativiser et de dynamiser, de façon parfois stupéfiante, notre action. Il nous accule, en effet, à tourner notre regard vers Dieu. Cette immobilité est la source des plus riches moissons. Il nous pousse, de plus, à ne pas nous croire indispensables. Donc à rejeter l'orgueil qui est une de nos plus puissantes tentations, une des plus destructrices.
Réussir sa vie, c'est cultiver ses dons d'enfance. Déjà tout petit, je ne pouvais accepter que quelqu'un souffre.
C'est ça qui est important, le témoignage. Le témoignage du Christ vivant au milieu des pauvres, malgré toutes les déflagrations qu'il a reçues – entre autres des pharisiens -, m'a toujours séduit. Je tente de l'inscrire au cœur de ma vie.