L'homme de l'Eucharistie Imprimer
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Cette rubrique a été réalisée en collaboration avec le Séminaire Interdiocésain d'Orléans.

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Ceci est mon Corps livré pour vous

Le prêtre descend de l'autel pour s'enfoncer dans le monde, pour proclamer le Message à temps et à contretemps, pour mener le combat du Royaume de Dieu, pour soumettre cette terre à la Seigneurie de Dieu.

Au principe et au terme de son agir, il y a l'actualisation du Mystère du Christ dans l'offrande du sacrifice et dans la dispensation des Sacrements ; au principe et au terme de sa parole, il y a la parole sacramentelle. Mais c'est bien la raison pour laquelle il est obligé de dire autre chose que la parole sacramentelle. Lorsqu'elle n'est pas au sens strict la "forme" du Sacrement, la proclamation du mystère chrétien – c'est-à-dire la parole chrétienne – n'est en soi rien d'autre que la préparation et le développement de la parole proprement sacramentelle. Elle reste toujours sous-tendue à cette dernière. Elle constitue l'enseignement qui va disposer les peuples à la réception du baptême ; elle est pour ceux qui l'ont reçu, l'enseignement qui va leur indiquer la façon d'observer les commandements de Dieu pour que la vie baptismale demeure en eux vivants et porte les fruits de l'Esprit.

Celui qui ouvre la bouche pour offrir à Dieu l'Agneau, sur l'autel du sacrifice eucharistique, il faut également qu'il clame à haute voix à travers le monde : "Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde !" Celui qui prononce sur un homme les paroles sacramentelles de grâce et de vie – paroles qui expriment la volonté divine de salut, mais qui ne deviennent efficaces qu'à la condition d'exprimer aussi la foi de l'homme qui accepte ce salut – celui-là ne les prononce comme il faut que si, par son propre témoignage, son enseignement et ses exhortations, il aide cet homme à les entendre tomber sur lui avec une foi authentique. Celui qui fait du pain et du vin de cette terre le signe visible de la présence du Crucifié et du Ressuscité, celui-là assume par là même la tâche de travailler et de combattre pour que cette terre, avec les hommes qui l'habitent, soit saisie par Dieu ; pour que, consacrée, introduite dans la sphère de Dieu, elle reflète visiblement la gloire invisible de Dieu. Celui qui rend présent en ce monde l'amour de Dieu, celui-là ne peut garder le silence sur l'obligation inouïe qui nous incombe du fait que Dieu a décidé de nous aimer ; et le voilà tenu de dire aux hommes que Dieu veut prendre place dans leur vie. Si c'est par le ministère du prêtre que le Royaume de Dieu est là, alors il faut que celui-ci proclame : "Faites pénitence, le Roayme de Dieu est parmi vous !" (Cf Mt 3,2).

Le Christ a dû rendre témoignage de ce qu'il était, et cela par sa parole qui était quelque chose de lui-même. Ainsi faut-il que le prêtre rende témoignage de la présence du Christ qui surgit, grâce à lui et grâce à son action, en un point déterminé de l'espace et du temps. Si donc l'homme du culte et aussi l'homme des âmes, on voit que ce n'est pas par simple juxtaposition. S'il est l'homme des âmes, c'est parce qu'il est l'homme du culte, un homme dont les lèvres profèrent une parole humaine qui demande à être développée, expliquée, défendue, accueillie avec foi ; c'est parce qu'il opère la présence réelle et sacramentelle du Christ, et que celle-ci constitue les prémices de la transfiguration du monde, le levain qui va soulever la création tout entière et en faire le pain de la consécration, de sorte que toute l'histoire humaine apparaisse comme étant déjà intégrée à l'éternité, et Dieu comme étant désormais tout en tous (1 Co 15,28)

Karl Rahner, Mission et grâce : Serviteurs du peuple de Dieu, Mame 1963, extraits des p 58-60