"La seule attitude qui nous est demandée devant les vocations, c’est la prière" Imprimer
Écrit par Mgr Nicolas SOUCHU   
Frères et Sœurs,

Si nous avons modifié le texte d'Evangile de ce jeudi de la 5ème semaine de carême, c'est bien parce que ce passage de l'Evangile selon Saint Matthieu (9, 35-38) nous fait véritablement entrer dans ce pourquoi nous sommes rassemblés ce soir à l'initiative du Séminaire Interdiocésain d'Orléans, dans le cadre de l'Année de l'Appel portée tout particulièrement par le Service Diocésain des Vocations.

"La moisson est abondante et les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson." Voilà, frères et sœurs, exactement ce que nous sommes venus faire ce soir au cours de cette messe pour les vocations au ministère presbytéral qui introduit la nuit d'adoration devant le Christ présent dans l'eucharistie. C'est pourquoi il me paraît important, au cœur de notre Année de l'Appel, qui a pour thème : Tous Appelés – Tous Appelants, de nous redire ce qu'est la prière pour les vocations en nous appuyant sur les textes de l'Ecriture qui viennent d'être proclamés.

Je voudrais d'abord faire un constat qui pourra peut-être en surprendre quelques-uns : nous n'avons pas de raison évangélique particulière de nous inquiéter du petit nombre de vocations spécifiques au service de la mission. En effet, la phrase de Jésus est explicite : "La moisson est abondante et les ouvriers sont peu nombreux". Nous vivons au contraire une situation telle qu'elle est décrite dans l'Evangile, et qui vaut sans doute pour toutes les périodes de l'humanité : la moisson sera toujours plus abondante que les ouvriers de la moisson ! C'est pourquoi il nous faut tout de suite aller au cœur de la phrase suivante : "Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson". Le "donc" est une conséquence de la phrase précédente. C'est le Seigneur qui est le maître de la moisson et nous avons, comme nous le faisons particulièrement ce soir, à nous mettre en face de lui pour que, suivant une traduction littérale, il fasse sortir des ouvriers de sa moisson. Le pape Benoît XVI le dit très justement dans son exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis : "Même si dans certaines régions, on enregistre une pénurie de prêtres, on ne doit jamais douter du fait que le Christ continue d'appeler des hommes qui, abandonnant toute autre activité, se consacrent totalement à la célébration des Saints Mystères, à la prédication Evangélique et au ministère pastoral". (N°26)

La seule attitude qui nous est demandée devant les vocations, c'est la prière. Il ne s'agit pas de se plaindre ou d'avoir peur, comme nous réagissons souvent, ni même de nous réjouir parce qu'enfin, à cause du nombre de prêtres qui diminue, les laïcs vont pouvoir prendre leurs responsabilités dans l'Eglise, les diacres vont enfin sortir de la face cachée de leur iceberg ! Non, il s'agit de prier ; c'est la seule attitude qui nous soit demandée, et c'est pour cela que nous sommes là ce soir.

Mais alors, frères et sœurs, prions-nous vraiment pour les vocations, et les vocations spécifiques de prêtres ? Si la réponse est non ou si elle est : peu souvent, il est toujours temps de nous y mettre et de nous y mettre ensemble, en Eglise. Car on ne demande pas des vocations en soi, mais pour que l'Eglise, notamment dans un lieu donné comme un diocèse, puisse réaliser sa mission d'annonce de l'Evangile, de sanctification du Peuple de Dieu et de gouvernement en ce lieu.

Et si nous prions, ne faut-il pas convertir notre prière pour les vocations, surtout en ce temps de carême de l'Année de l'Appel ? Et c'est sur ce point que je voudrais insister. En effet, notre tendance est de vouloir reproduire le modèle que nous connaissons et qui, d'une certaine manière nous rassure. Mais si nous prions pour reproduire ce modèle, par exemple, pour être assurés d'avoir toujours un curé résident dans sa paroisse ou un prêtre à notre enterrement, nous pouvons être sûrs de ne pas être totalement exaucés !

Mais si nous prions pour demander à Dieu les ministres dont l'Eglise a besoin pour accomplir sa mission dans le monde de ce temps, alors notre prière ne pourra être que fructueuse. Pourquoi ? Car il ne s'agit pas tant d'indiquer au Seigneur le nombre de jeunes qui doivent entrer au séminaire que de nous mettre en état de recevoir les ministres que le Seigneur nous envoie. Or il me semble qu'il y a là une clé de compréhension de la pénurie des vocations que nous connaissons aujourd'hui. En effet, surtout en cette Année de l'Appel, nous nous rappelons que Dieu ne cesse d'appeler ; en ce sens l'exemple d'Abraham dans notre première lecture est tout à fait intéressant. Mais si nous regardons la réception par le Peuple de Dieu des ministres de l'Eglise au service des communautés chrétiennes, nous avons souvent l'impression que ça ne va jamais : le prêtre est trop jeune, ou il est trop vieux, il n'est jamais là, il n'est pas assez ceci ou trop cela !

Or si nous demandons à Dieu d'envoyer les ministres dont l'Eglise a besoin pour la mission d'aujourd'hui, nous nous mettons en état d'accueillir, de recevoir ce que nous demandons pour nous-mêmes. C'est bien dans cet état que nous voulons nous mettre ce soir au cours de l'eucharistie et de l'adoration nocturne.

Nous prierons pour ceux qui, ici au séminaire interdiocésain d'Orléans, doivent chacun entrer dans ce mouvement de conversion, aidés par l'équipe animatrice et tous leurs formateurs : c'est-à-dire passer de sa manière de voir les choses à être un véritable ministre de l'Eglise d'aujourd'hui telle que Dieu la veut pour le monde. Et je sais, par expérience d'avoir été moi-même formé et formateur, que ce n'est pas si simple.

Nous prierons pour les prêtres de nos diocèses qui doivent sans cesse faire cette conversion afin de servir l'Eglise comme Dieu le veut afin qu'ils trouvent des Chrétiens qui les fassent entrer dans cette dynamique.

Nous prierons les uns pour les autres ; afin que, comme pour Abraham, nous entrions dans les promesses de l'Alliance de Dieu avec l'humanité et que nous puissions vraiment être Tous Appelés – Tous Appelants.

Messe pour les vocations
Père Nicolas SOUCHU
29 Mars 2007
Eglise Saint-Aignan